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À travers le pays, les cours d’admission au barreau connaissent de profondes transformations. De Lorsque Remi St. Pierre est entré dans la salle de conférence et a entendu « j’espère que tu te retrouveras en enfer », il savait que la prochaine heure serait pénible. C’est que trois sœurs n’arrivaient pas à s’entendre au sujet de l’héritage de près de 3 millions de dollars que leur avait légué leur père, le client de St. Pierre.
Heureusement, elles ont su retrouver la raison avant que le litige n’aboutisse devant les tribunaux. Au grand soulagement de St. Pierre qui ne souhaitait pas voir disparaître le résultat de plusieurs années d’efforts. Me St. Pierre est spécialiste en gestion de fortune au sein du cabinet McCuaig Desrochers à Edmonton et le président sortant de la division de l’Alberta de la Section des testaments, successions et fiducies de l’ABC.
La gestion de fortune est un secteur de pratique en émergence qui a pour caractéristique de piger dans les domaines du droit fiscal, droit des aînés, droit des successions, la planification financière et parfois, la psychologie afin d’offrir une approche plus holistique à la planification successorale que la simple rédaction de testament.
St.Pierre et ceux qui exercent dans le domaine de la gestion de fortune ne sont pas près de manquer de clients. On estime à 1 billion de dollars les sommes qui transiteront d’une génération à l’autre au Canada au cours des deux prochaines décennies. Et la prochaine génération d’héritiers, les enfants du baby boom, ne partagent pas nécessairement les mêmes valeurs que leurs ancêtres qui ont survécu à une période difficile et étaient fiers de leur autonomie. « Nous avons tellement pris soin de cette génération qu’ils n’ont pas ces valeurs. Papa et maman ont toujours été là pour eux et ont pris soin du nid. Ils n’ont pas le même sens du devoir envers leurs enfants », estime St. Pierre. « J’espère que la générosité d’une génération profitera à la prochaine mais ce sera difficile sans un peu d’aide. »
Une problématique à laquelle est aussi appelé à répondre Me Hugo Patenaude du cabinet Fasken Martineau à Montréal. Une grande part de son travail consiste à préparer la prochaine génération à administrer adéquatement les richesses dont elle héritera. Des mesures telles que la création de fiducies et de comités de placement sont alors mises en place dans le but d’assurer un transfert et une familiarisation progressive.
Ce type d’aide pourra aussi venir d’une équipe de spécialistes provenant de divers horizons. « Nous faisons partie d’une équipe composée d’un avocat, un comptable, un banquier et un actuaire », explique Adrian Mastracci, un conseiller en investissement et président de KCM Wealth Management à Vancouver.
Le travail de Mastracci diffère quelque peu de celui du juriste en ce qu’il offre aussi des conseils en matière d’investissements. Dans de nombreux cas, il recommande à ses clients de consulter les prochains héritiers avant de prendre certaines décisions importantes. Une opinion que partage Me Hilary Laidlaw du cabinet McCarthy Tétrault de Toronto qui estime qu’il s’agit ainsi d’éviter des déceptions qui pourraient éventuellement mener à un litige.
Les juristes ne sont pas les seuls à reconnaître le marché potentiel que constitue la gestion de fortune. Au Royaume-Uni, par exemple, les banques s’intéressent aussi à ce secteur. « Si les juristes canadiens n’adoptent pas une attitude pro-active à ce sujet auprès de leur clientèle, ce secteur de pratique sera rapidement envahi par des institutions qui disposent des mécanismes pour le faire de façon efficace et économique », prévient St. Pierre.
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